Dette française : Charles Sannat alerte sur le risque de faillite et appelle à repenser le modèle économique
Entretien avec Charles Sannat, réalisé par Louis-Antoine Michelet — TV Finance, le 23 octobre 2026.
La France peut-elle sortir de ses difficultés budgétaires sans revoir profondément ses choix économiques ? Interrogé par Louis-Antoine Michelet, Charles Sannat livre une analyse critique de la trajectoire des finances publiques. L’éditorialiste estime que les tensions sur la dette traduisent d’abord un blocage politique et plaide pour une redéfinition collective des priorités de l’État.
Dette française : le risque d’un engrenage de défiance
L’entretien s’ouvre sur les tensions entourant les taux d’emprunt français et sur la décision de notation de Moody’s attendue au moment de l’émission.
Charles Sannat considère qu’une éventuelle dégradation pourrait renforcer la défiance des investisseurs. Il rappelle que certains fonds doivent respecter des règles encadrant la qualité des obligations qu’ils détiennent : une baisse de notation peut donc entraîner des arbitrages et accentuer les difficultés de financement.
Il rapproche ce mécanisme de celui observé pendant la crise grecque. Cette comparaison constitue une grille de lecture proposée par l’invité, et non l’annonce d’un scénario identique pour la France.
« La France ne manque pas de moyens »
Au cœur de son argumentation, Charles Sannat place l’utilisation de la dépense publique. Il cite un montant de 1 714 milliards d’euros pour l’année 2025, auquel Louis-Antoine Michelet oppose, pour compléter le cadre budgétaire, 1 561 milliards d’euros de recettes publiques.
Pour l’éditorialiste, le débat devrait porter davantage sur l’affectation de ces ressources, les résultats obtenus et les missions que la collectivité souhaite financer.
« La France ne manque pas de moyens », affirme-t-il. Son diagnostic porte sur la gestion des finances publiques, mais aussi sur l’absence, selon lui, d’une doctrine économique suffisamment claire pour organiser le redressement du pays.
Une crise politique avant d’être financière ?
Louis-Antoine Michelet interroge son invité sur le rôle du risque politique dans les tensions obligataires. Charles Sannat partage cette lecture : il estime que les difficultés économiques et budgétaires découlent en partie d’une incapacité à définir puis à mettre en œuvre des orientations durables.
Il juge insuffisants les ajustements successifs portant sur les impôts, les retraites ou certaines dépenses lorsqu’ils ne s’inscrivent pas dans un projet d’ensemble.
Son propos dépasse ainsi le prochain budget. Il appelle à préciser le périmètre de l’État, les responsabilités individuelles et les formes de solidarité que les Français souhaitent préserver.
Repenser le modèle social sans aggraver les tensions
L’entretien aborde ensuite la difficulté de modifier les dépenses publiques dans un contexte de colère sociale.
Charles Sannat estime qu’une réduction brutale des prestations pourrait accentuer les tensions. Il défend plutôt l’organisation d’un débat collectif, sous la forme d’états généraux associant responsables politiques et citoyens, pour établir des priorités et arbitrer l’utilisation des ressources disponibles.
Les exemples qu’il avance sur les aides publiques, les dépenses de défense ou le soutien à l’Ukraine relèvent de ses choix politiques et économiques. Ils illustrent sa volonté de remettre en discussion l’ensemble des postes de dépenses.
BCE et euro : quelles marges de manœuvre ?
Dernier thème de l’échange : le rôle de la Banque centrale européenne et les contraintes de la monnaie unique.
Charles Sannat considère qu’un soutien monétaire ne suffirait pas à résoudre les difficultés structurelles qu’il identifie. Il critique également ce qu’il présente comme un effet protecteur de l’euro ayant permis de différer certains arbitrages budgétaires.
Interrogé sur une éventuelle sortie de la monnaie unique, il l’envisage comme une possibilité dans son raisonnement. Il expose ici une conviction personnelle sur le fonctionnement de la zone euro, et non une décision institutionnelle annoncée.
Une alerte conditionnelle sur la trajectoire française
La formule de « faillite » employée dans l’entretien résume le scénario de rupture redouté par Charles Sannat si la France poursuit, selon lui, les mêmes orientations. Elle ne décrit pas un défaut de paiement constaté.
Au-delà de cette alerte, l’invité défend une idée centrale : le redressement nécessiterait un projet économique partagé et des choix explicites sur l’usage de l’argent public.
Retrouvez l’intégralité de l’entretien de Charles Sannat avec Louis-Antoine Michelet dans le replay de TV Finance.





























